Brightspot Climate – La propriété collective comme choix stratégique

Dans le secteur du conseil, la croissance soulève inévitablement des questions de relève et de culture. Pour Brightspot, une firme passée d'un seul employé à plus de quarante, la réponse a pris la forme d'une Fiducie Collective des Employés (FCE).

Dans le secteur du conseil, la croissance soulève inévitablement des questions de relève et de culture. Pour Brightspot, une firme passée d’un seul employé à plus de quarante, la réponse a pris la forme d’une Fiducie Collective des Employés (FCE).

Des débuts modestes, une conviction qui se précise

Aaron Schroeder a fondé Brightspot après avoir travaillé dans une ferme laitière en Saskatchewan rurale. « Je n’aurais jamais cru que j’en arriverais là », confie-t-il. Au fil de la croissance de l’entreprise, il a pris conscience que son succès reposait largement sur ses employés, et que la structure de propriété devrait en tenir compte. Son passage dans un grand cabinet de conseil international, où des programmes d’actionnariat existaient pour les cadres supérieurs, a consolidé cette réflexion. « Je voulais reproduire ça, mais de façon plus inclusive », explique-t-il.

Le choix du modèle FCE

La transition n’a pas été motivée par une crise ou par l’urgence de trouver une relève. Schroeder cherchait à partager la richesse de façon équitable, à renforcer l’engagement et à protéger l’entreprise contre d’éventuelles fusions ou acquisitions. Les modèles traditionnels d’actionnariat lui semblaient trop complexes pour une firme de petite taille. La FCE l’a convaincu par sa simplicité: elle étend l’actionnariat à l’ensemble des employés, sans exiger d’apport financier de leur part. Lorsque le gouvernement canadien a introduit des incitatifs fiscaux pour les FCE, Schroeder a qualifié la décision d’« évidente », une façon de créer une richesse inclusive pour chaque employé.

Une préparation sur trois ans

La transition a demandé plusieurs années de préparation. Dès 2022, Schroeder a informé son équipe de ses intentions dans ce qu’il appelle en riant sa « lettre Jerry Maguire » : « Je regretterai peut-être de partager ça avec tout le monde, et un avocat me dirait probablement de ne pas envoyer cette lettre, mais je vais le faire quand même ! »

L’entreprise a ensuite travaillé à renforcer la littératie financière de son personnel, participé à des conférences sur les entreprises détenues par les employés, rehaussé ses normes comptables et consulté des experts juridiques. La mise en place d’un conseil d’administration a représenté un défi supplémentaire. « Passer à une structure de gouvernance avec un conseil d’administration en même temps que la transition vers la FCE, c’était trop à gérer en même temps », reconnaît Schroeder.

La transition

La FCE est entrée en vigueur le 1er avril 2025. Le processus a comporté la rédaction de l’acte de fiducie, une évaluation de l’entreprise par un évaluateur agréé, la mise en place du financement et des discussions sur les modalités de répartition des bénéfices entre employés. Des incompréhensions ont surgi : certains employés croyaient devoir investir leur propre argent pour participer. Une communication soutenue a été nécessaire pour clarifier le fonctionnement du modèle.

Les leçons du parcours

Les principaux obstacles ont été structurels plutôt que culturels. Passer d’une propriété individuelle à une gouvernance par conseil d’administration a exigé de nouvelles pratiques financières et une reddition de comptes plus formelle. Son conseil aux autres fondateurs : « Pensez-y à l’avance et mettez-vous au travail avant la FCE : réglez ces questions AVANT, pour pouvoir vous concentrer uniquement sur la transition le moment venu. »

Les résultats

Plusieurs mois après la transition, Brightspot affiche un taux de rétention de 100 %. Les employés s’impliquent davantage dans le suivi de la performance financière. « Ça fait certainement une différence de travailler pour mettre de l’argent dans sa propre poche plutôt que dans celle des actionnaires externes », observe Schroeder. La gouvernance a temporairement alourdi la charge de la direction, mais sans remettre en cause les bénéfices de la transition.

Trois leçons

Schroeder retient trois points essentiels : commencer tôt, se donner un calendrier réaliste, et s’entourer des bons experts juridiques, financiers et en gouvernance.

La position de Brightspot

Pour Schroeder, la FCE n’est pas qu’un outil de planification, c’est un choix de valeurs. « La transmission de l’entreprise aux employés est l’une des façons dont nous pouvons avoir un impact hors du commun dans notre petit coin du monde, en partageant la richesse. »