Étude de cas Grantbook – La puissance et la promesse de la Fiducie Collective des Employés

Comment une firme torontoise a protégé sa mission et a réinventé son avenir grâce à une FCE

Comment une firme torontoise a protégé sa mission et a réinventé son avenir grâce à une FCE

Au cœur de la ville de Toronto, Grantbook, un cabinet-conseil en technologie au service des organisations philanthropiques, se trouvait à un tournant. Son cofondateur, Peter Deitz, était à la croisée des chemins en matière de relève. Pour Peter, passer le flambeau n’était pas qu’une question de fermer un chapitre ; il s’agissait de s’assurer que la culture et la mission de Grantbook perdurent pour les années à venir.

 

À la recherche d’un successeur, et d’un avenir aligné sur ses valeurs

L’histoire commence bien avant que la transmission des entreprises aux employés ne devienne un sujet d’actualité au Canada. Dès 2016, Peter se posait la question: « Qui portera le flambeau de Grantbook ? » Une première tentative, sous forme de régime d’achat d’actions pour les employés, visait à leur donner une participation dans l’entreprise. Mais la réalité s’est avérée plus complexe: seule une poignée d’employés pouvait y participer, créant une iniquité. Certains accédaient à la propriété, d’autres regardaient de loin.

 

Les années passèrent. En 2023, Peter était prêt à partir définitivement, mais la voie à suivre restait floue. Les sorties traditionnelles lui semblaient incompatibles avec ses valeurs. « Élargir notre régime d’actionnariat n’était pas une option viable, car les employés n’avaient pas les liquidités nécessaires ni l’envie d’assumer ce risque. Nous voulions une solution qui préserve le moral, protège nos gens et maintienne les incitatifs liés à la croissance à long terme. » explique-t’il.

 

C’est alors qu’une nouvelle possibilité est apparue: la Fiducie Collective des Employés (FCE), nouvellement encadrée par la législation canadienne. Un modèle permettant de transformer l’entreprise en projet collectif, sans apport financier de la part des employés.

 

Peter a insisté sur ce point: « Le modèle de la FCE nous a permis de nous aligner profondément avec nos valeurs de certification B Corp, d’éliminer des problèmes épineux comme les obligations de rachat et les actionnaires inactifs, et surtout, de maintenir la propriété entre les mains de ceux qui contribuent à l’entreprise au quotidien. »

Comment la FCE est devenue la voie pour protéger la mission de Grantbook

La FCE n’était pas qu’une structure juridique. C’était la réponse aux défis les plus pressants de Grantbook. Les modèles de propriété antérieurs créaient des clivages entre ceux qui pouvaient investir et ceux qui ne le pouvaient pas. La FCE promettait d’éliminer ces silos, faisant de chaque employé un bénéficiaire. Elle protégeait également l’ADN de l’entreprise: un acheteur externe aurait pu altérer son esprit collaboratif, tandis que la FCE garantissait la continuité.

Le chemin vers la FCE n’a pas été pris à la légère. Peter se souvient: « Le seul autre modèle envisagé était un rachat d’actions financé par les flux de trésorerie, mais cette option aurait exacerbé les inégalités de notre premier programme d’actionnariat. L’élégance du modèle FCE m’a permis de partir librement. Sans cette option, je ne sais pas si nous aurions trouvé une solution qui cochait suffisamment de cases. »

Le modèle de la FCE s’est distingué parce qu’il éliminait les inégalités engendrées par le régime d’achat d’actions, empêchait les employés ayant quitté l’entreprise de conserver leurs parts, accueillait automatiquement les nouveaux comme bénéficiaires, et permettait un partage flexible des bénéfices – un engagement que Grantbook avait déjà pris.

 

Concevoir un modèle de propriété qui protège la culture et qui responsabilise les employés

La transition de Grantbook vers la FCE a été un exercice de collaboration exemplaire. L’entreprise a fait appel à Sue Lawrence, une experte britannique forte de plusieurs décennies d’expérience en Employee Ownership Trust (EOT), pour tracer la feuille de route. Des juristes de cabinets canadiens ont relevé le défi de rédiger le premier acte de fiducie collective des employés au Canada, élaborant des structures innovantes pour réaliser la transition.

La transparence a été une étoile directrice. Un an avant la transformation, la direction a partagé le plan avec l’équipe, en s’assurant que chacun comprenne qu’il s’agissait d’une sortie alignée sur les valeurs de l’entreprise et que, grâce à une planification financière réfléchie, les rémunérations globales seraient largement préservées avec, en prime, un potentiel de gains considérables une fois Peter entièrement remboursé. Après un débat approfondi, Grantbook a adopté un modèle hybride: certains postes clés pouvaient conserver ou acquérir des participations minoritaires, tandis que l’ensemble des employés bénéficiait de la fiducie.

Le parcours ne s’est pas fait sans embûches. Au départ, certains employés imaginaient que « propriété » signifiait contrôle direct ou prise de décision collective, à l’image d’une coopérative. Grantbook a précisé que, si tout le monde partage les bénéfices, la direction stratégique reste entre les mains du conseil d’administration et de la direction dans les organisations détenues par une FCE. L’éducation et le dialogue ouvert ont construit la confiance. La conception de la gouvernance a elle aussi nécessité un équilibre délicat: garantir à la fiducie suffisamment d’autorité de surveillance, sans alourdir l’entreprise de lourdeurs bureaucratiques. Le résultat: une structure suffisamment agile pour une organisation désireuse de croître et de répondre aux besoins évolutifs du secteur philanthropique.

 

Après la FCE: une culture renforcée, une entreprise plus forte

Le 1er janvier 2025, Grantbook a officiellement basculé vers la FCE. Les effets ont été tangibles. La culture de Grantbook, déjà collaborative, s’est encore renforcée. Les clients, eux-mêmes souvent porteurs d’une mission, ont salué cet engagement en faveur de l’équité. Le rachat a été financé par les flux de trésorerie de Grantbook, préservant sa santé financière. Les signes de progrès sont déjà visibles: l’engagement des employés est en hausse, l’innovation progresse et les premiers versements de bénéfices ont déjà eu lieu.

Les conseils de Peter aux fondateurs: allez doucement, posez des questions, faites confiance à votre instinct

Peter Deitz attribue la fluidité de la transition à son retrait progressif des opérations quotidiennes: ce recul a permis à l’entreprise de développer un leadership autonome avant le grand transfert de propriété. Son conseil aux autres fondateurs est simple: parlez à ceux qui ont emprunté ce chemin, appuyez-vous sur des conseillers experts et faites confiance à votre instinct. La bonne décision en matière de propriété, insiste-t-il, doit correspondre à l’âme de l’entreprise.

 

L’héritage de la FCE

L’expérience de Grantbook révèle la puissance et la promesse de la Fiducie Collective des Employés. En plaçant l’équité, la continuité et les valeurs partagées au cœur de la démarche, l’entreprise n’a pas seulement résolu un problème de succession, elle a réinventé ce que peut signifier une sortie. Ce faisant, Grantbook donne l’exemple aux autres organisations axées sur la mission qui cherchent à bâtir un avenir où chacun a sa part.